Voici un certain temps à présent que je souhaitais me pencher sur la gestion environnementale d’une enseigne de grande consommation. Si il ne s’agit pas à première vue du secteur le plus porté sur l’innovation technologique, la taille des volumes traités est souvent telle que la moindre mesure impact directement le bilan carbone de la société. Au-delà de l’implication environnementale il est aussi intéressant d’étudier comme ces grands enseignes abordent la question et qu’espèrent-elles en obtenir ? Immersion dans le monde de Pierre Frisch chez Auchan.
Conscient des enjeux écologiques, financiers et d’images que la question implique Auchan nomme dès 1997 Pierre Frisch M. Environnement. Si à la fin des années 90, sa tache tourne plus autour des problématiques bios, de la mise en place de cahiers des charges et des questions de traçabilité des viandes, le champ de ses compétences n’a cessé de s’élargir depuis. Son plus gros chantier depuis 3 ans : le tri et le recyclage des déchets. Rien de mieux pour ce type de compagnie que la méthanisation où l’art de convertir ses déchets en énergie – cf les archives vidéos du mois de juillet et la video explicative de Naskeo. Les emballages partent au recyclage et la matière organique rejoint un méthaniseur. Cette grande cuve fermée abrite une soupe peu ragoûtante de bactéries anaérobies qui font fermenter les déchets organiques. Il en ressort du CO2 (de 20 à 50 %), du méthane (plus de 50 %), de l’eau et une matière (« digestats ») valorisable par épandage agricole. Malheureusement Pierre Frisch n’est pas parvenu à trouver des partenaires industriels au sein de l’Hexagone et a du s’exiler en Belgique pour s’offrir les service du groupe Vanheede Environment. « C’est pourtant là que l’État ou les collectivités locales devraient mettre de l’argent, clame Pierre Frisch. Tous ces déchets que personne n’a plus le droit d’enfouir ou de brûler ou pire, de jeter, dans des conditions qui portent atteinte à la planète ». En 2009, avec 15 de ses magasins dans le nord Auchan a ainsi traité 3 100 tonnes de déchets produisant 525 MW/h d’énergie. 25% de celle-ci est directement utilisée pour faire fonctionner le procédé, le reste est injecté dans le réseau électrique. Alors certes, le procédé reste faiblement rentable énergétiquement, mais une entreprise tel qu’Auchan il trouve son compte face à la montée en puissance des couts des centres d’enfouissement. Le groupe dans sa totalité pourrait méthaniser autour de 48 000 tonnes de déchets fermentescibles – autour de 20 à 25 gigawatts, soit la consommation énergétique de 5000 ménages. On est donc loin du compte et la marge de progression reste considérable.
Bien en amont de ce process, l’autre cheval de bataille de Pierre Frisch est évidemment la chasse au gaspi. Et cela tourne souvent à l’obsession : « Donner aux banques alimentaires, c’est bien, moralement, mais nous préférerions tout vendre évidemment. En tant que commerçants, les déchets sont malgré tout inévitables. Nous sommes tenus de prendre des risques en achetant de grandes quantités, pour proposer des promotions attractives par exemple. Nous nous reconnaissons donc un certain droit à l’erreur. » En ce qui concerne les produits non-alimentaires tel que les emballages, certaines pratiques semblent bien encrées dans les habitudes de consommation française alors qu’une nouvelle fois, la donne peut-être facilement changée. Selon Pierre Frisch, « il existe des boîtes de céréales pesant 110 g pour renfermer 500 g de produits ! ». Si Auchan malgré sa puissance ne peut pas imposer de cahier des charges à ses fournisseurs, un effort est réalisé en interne sur les packaging des produits de marque Auchan. Si le « 0-emballage » n’existera jamais, des petites mesures de cesse d’etre instauré tel que le remplacement de cartons à usage unique dans les rayons fruits et légumes par des cagettes en plastique réutilisable.
Enfin, peut-être ce dont Pierre Frisch est le plus fier, Auchan s’est lancé dans la promotion d’une consommation plus responsable et à nouveau, ces équipes ne manquent pas de créativité en la matière pour inciter leurs consommateurs à réfléchir sur le sujet. Trois exemples :
- Fin 2007, arrêt des ventes de thon rouge
- Octobre 2008, arrêt des ventes de des lampes à incandescence de plus de 75 watts
- Début 2009, récupération de jeans usagés en échange de bons d’achats
Toutes ces décisions sont accompagnées d’un travail pédagogique de mise en avant de label spécifique à l’éco-consommation. Cette signalétique vient renforcer les labellisations trop méconnues, selon Pierre Frisch d’un pourtant déjà grand nombre de produits. « Trop peu de gens, par exemple, connaissent l’écolabel européen symbolisé par la « Fleur » », regrette-t-il.
En prenant du recul sur ces différentes initiatives, on peut s’interroger sur les réelles motivations du géant de la distribution. Répond elle à une vraie demande de consommation différente ou se cantonnent-elles à susciter une prise de conscience des clients de l’enseigne? « Les deux, affirme le Directeur environnement d’Auchan. Nous sommes certains que nos clients ont aujourd’hui conscience, comme tout le monde, qu’il est urgent de ménager la planète. Nos initiatives doivent renforcer ces convictions et faciliter le passage à l’acte. » Malgré ça, Pierre Frisch reste intimement persuadé qu’on ne peut pas imposer les produits écologiques aux consommateurs, mais qu’il faut les convaincre. La route est encore bien longue et le plus dur reste à faire notamment en ce qui concerne les solutions de méthanisation en France ou le packaging des fournisseurs, mais cela ne décourage en rien Pierre Frisch, qui continue chaque jour son travail de sensibilisation.















