Voilà vous n’y échapperez pas. J’ai résisté, j’ai attendu, j’ai hésité, mais j’ai cédé à la hype du moment de tous ceux qui écrivent de près ou de loin sur les GreenTech : LA CHINE ! Débarrassons-nous dès maintenant de tous nos préjugés franco-francais anti-chinois qui en font la honte du développement durable mondial, les ennemis de Copenhague et dites le vous bien : la Chine est l’avenir des GreenTech. Cela peut vous scandaliser autant qu’il vous plaira mais c’est la vérité vraie et la révolution verte est d’ores et déjà en marche ! Allez !?! Allons faire un tour chez nos amis chinois ensemble !
Un gouvernement généreux
Débutons notre périple par la capitale Pékin afin de se plonger dans les chiffres du plan de relance mise en place par le gouvernement. 38% des dépenses seront consacrées aux technologies vertes (12% au US). Un plan de 4 trillions de yuan ($586 milliard sur 2009 et 2010) tout de même… Plus vertigineux encore, selon le China Greentech Report 2009, le marché des technologies vertes en Chine pourrait représenter de 500 à 1000 milliard de dollar d’ici à 2013, soit près de 15% du PIB chinois estimé. On peut également y lire que l’objectif officiel est de 20% de l’énergie produite par des énergies renouvelables à horizon 2020 (l’hydroélectricité comprise).
Warren Buffet, super PR de l’automobile chinoise
Poursuivons à présent par le salon de l’automobile de Shanghai pour convaincre tout ce qui pensait que le marché de l’automobile se jouait encore au salon de Detroit ou de Genève. Pas moins de 13 nouveaux modèles y ont été dévoilés l’an dernier. Vous vous souvenez sans doute de BYD et de ses modèles hybrid – la F3DM – et électrique – la e6 – que nous avions évoqué il y a quelques semaines ? Et bien ses ambitions affichées laissent perplexe : être le premier constructeur automobile chinois d’ici 2015 et le premier mondial d’ici 2025. Je rappelle qu’il s’agit à l’origine d’un constructeur de batterie électrique et non d’un groupe automobile. Et juste pour montrer qu’il ce n’est pas des paroles en l’air je précise que Warren Buffet détient 10% du capital. Les objectifs nationaux là encore font froid dans le dos : 60.000 véhicules alternatifs en 2012. Evidemment, avec de tels objectifs, BYD n’est pas le seul sur le marché et les doigts de ma main n’ont pas été suffisant pour lister tous les constructeurs locaux (FAW Group, Harbin Hafei Auto, SAIC Motor, Beiqi Foton, Geely Auto, etc) ayant lancé un programme de transport électrique.
Autant en emporte le vent
Prenons un peu de hauteur, car le vent est sans doute là où les réalisations sont les plus impressionnantes à l’heure actuelle. C’est bien simple, la production énergétique chinoise dans le secteur a plus que doublé chaque année depuis 2005 passant de 1,3 gigawatts à 25,1 gigawatts fin 2009. La Chine est donc le troisième producteur mondial derrière les US et l’Allemagne, mais devrait devenir n°1 dès cette année si on s’en tient aux chiffres très intéressant publiés par le GWEC (Global Wind Energy Council).
Let the sun shine
Encore un peu plus haut dans le ciel chinois, la concurrence est si forte que les compagnies de l’énergie solaire américaines (BP Solar, Evergreen, et General Electric) ont d’ores et déjà délocalisé une partie de leur production en Chine. Et pas seulement les unités de production sont délocalisées mais également la matière grise comme c’est le cas pour l’américain Applied Materials, un des leaders du secteur, qui a installé sa plus grande installation de recherche sur place. Encore plus fort, non seulement ils attirent mais qui plus est ils parviennent à exporter de plus en plus. D’après les dires de John Doerr, « la part de marché des fabricants chinois dans les installations solaires en Californie serait de près de 50% au 4e trimestre 2009, contre seulement 2% trois ans plus tôt ». Toujours pas convaincu ? Les panneaux de la plus grande ferme solaire en activité aux US (70 000 panneaux, 14,2 mégawatts, ¼ de la consommation d’énergie de la base de l’Air Force de Nellis, dans le Nevada) ont été fabriqué par Suntech Power Holdings… un groupe chinois. Tout un symbole.
Le revers de la médaille
Vous aurez facilement deviné que toutes ces incitations étatiques d’investissement dans le secteur font en priorité la part belle aux champions nationaux (Suntech, BYD, Goldwind ou LDK Solar pour ne citer qu’eux). Dans les faits cela se traduit légalement par une obligation d’avoir un minimum de 70% de production locale en ce qui concerne l’éolien – ce qui explique sans doute pourquoi les grands groupes américains s’y sont installés. Mais en limitant trop l’investissement étranger la Chine ralentit son apprentissage et se prive parfois des innovations occidentales. Les fermes éoliennes chinoises sont moins efficientes et nécessitent des coûts de maintenance supérieurs. De même, les chinois ne maitrisent pas encore les technologies de film solaire mince.
Rappelons également que 20% d’énergie renouvelables à horizon 2020, cela signifie 80% d’énergie fossiles. Or pour suivre le rythme de croissance chinois, une centrale thermique est construite quasiment toutes les semaines. Cela ternit fortement le tableau.
Made in China
Certes les avancés concernent d’abord le vaste marché intérieur mais l’avance prise par la Chine dans cette voie en fera sans doute la première bénéficière des plans de relance des autres pays. Allons-nous être drogués aux GreenTech chinoises durant le XXIème siècle comme nous l’avons été vis-à-vis du pétrole du Golfe lors du XXème siècle ? Mais la vraie question qui travaille tout les français est plutôt : pourquoi, s’ils sont si forts, les chinois refusent ils tous objectifs chiffrés lors de nos très médiatiques (et très couteux) sommets pour le climat ? La Chine se cache toujours derrière son statue du pays émergent pour ne pas accepter un quelconque objectifs chiffrés sur les émissions de gaz à effet de serre car comme le rappel si bien l’étude menée par HEC Eurasia Institute à ce sujet : « Le business est une chose, les contraintes supranationales sont une autre affaire. »
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