Lors d’une conférence l’an dernier, un membre de l’assistance s’était risqué à demander à Vinod Khosla lequel de ses investissements GreenTech était le plus prometteur. Ce dernier a tout d’abord répondu qu’il lui était impossible de choisir et que c’était comme demander « le quel de vos enfants préférés vous ? ». Après les rires de l’assemblée, il ne manque pas l’occasion de rappeler la difficulté de la chose qu’il était loin d’imaginer le potentiel réel lorsqu’il avait investi dans Google. Plus sérieusement, il citera tout de même Calera, « la seule et unique solution viable à la séquestration du carbone ».
La séquestration du dioxide de carbone est une des solutions privilégiées pour les sources fixes et importantes (centrales électriques thermiques, industries chimiques, et sidérurgiques…). Malheureusement, celle-ci demeure très onéreuse et peine à trouver des financements privés ou publics. Parallèlement à ça, l’industrie du ciment est une des plus polluantes qu’il existe. Je n’ai pas trouvé de chiffres pertinents à ce sujet, mais vous accepterez facilement cette donnée. Brent Constantz, professeur consultant à Stanford Earth Sciences depuis quelques années, est un spécialiste des sciences aquatiques. Il a notamment travaillé sur l’utilisation du C0² par les coraux pour la construction de leur squelette. En 2003, il découvre au cours de ses recherches que l’addition de CO² à l’eau de mer permet de produire du carbone de calcium et de magnésium qui sont des produits de base de la production de ciments et d’agrégats. Alors, aurait il trouvé un procédé permettant de réduire les émissions d’une pierre de coup ? Pourrait-on réutiliser le dioxyde de carbone émis par les centrales à charbon pour fabriquer du ciment plus écologique ?
Depuis le printemps dernier, Calera est passé des tests expérimentaux en laboratoire aux tests grandeur réel avec une première expérimentation conjointement avec la centrale à gaz naturelle de Monterey en Californie. Jusqu’à présent, cette centrale émettait d’épais nuages blancs à l’extrémité de ses cheminées alors qu’à présent celle-ci est transférée à travers des tuyaux à la cimenterie expérimentale de Calera. Une fois acheminée, celle-ci est donc mélangée avec l’eau de l’océan tout proche pour produire le ciment recherché.
Les premières données chiffrées annoncées sont probantes : 86% du dioxyde de carbone serait capturé et le coup de séquestration serait autour des $1000 par kilowattheure alors qu’il se situe autour de 2200$ pour les procédés de séquestration les plus aboutis. Cerise sur le gateau ? De l’eau potable nettement moins chère que les usines de désalinisation actuelles est un résidu de la réaction chimique.
J’entends déjà les puristes du GreenTech s’attrister que les centrales à charbon ne seront jamais une solution écologique radicale. Néanmoins, il importe ici d’être un brin pragmatique. Près de 60% de l’énergie consommer aujourd’hui dans le monde provient de ces centrales et particulièrement dans les pays en développement. Comme il s’agit encore de loin de la source énergétique la plus économique et que les ressources restent immense nous sommes loin d’entre être débarrassé. Donc autant, essayer de la réduire. Je ne pense pas que cette nouvelle découverte si elle se concrétise soit une invitation pour la Chine et l’Inde à abandonner leurs efforts environnementaux. La conscience écologique ne reviendra pas en arrière, c’est en tout cas mon avis personnel.
Evidemment, ce genre de procédés révolutionnaires est toujours accompagné par son lot de critiques habituelles et de scepticisme. Un premier problème serait autour de l’acide dégagé par la réaction qui nécessiterait d’importantes sources de matériaux « alkalins » pour les contrebalancé. Mais la principale suspicion tourne autour de la capacité à mettre en pratique le procédé à très grand échelle. L’idée est parfaitement résumée par Joseph Romm, éditeur en chef du Climate Progress : « les gens s’imaginent que le secteur énergétique est comme les nouvelles technologies. Vous avez juste a créé un nouvelle iPhone et il se propagera à toute vitesse partout, ce n’est simplement pas le cas. »
Conscient des difficultés industrielles qu’il risque de rencontrer, Calera est d’ores et déjà en négociation afin d’ouvrir de nouvelles installations nettement plus grande en Pennsylvanie et en Australie. A Constantz de répondre poliment : « De toute façon, j’ai bien peur que personne ne nous croira tant que nous ne l’auront pas fait… »















